Elle recevait cependant quelques-uns de ses parents de Tours, qui tous les ans, à tour de rôle, venaient passer une quinzaine au château. Elle avait aussi les visites de quatre ou cinq voisins de campagne, autrefois amis de son mari, bons gentilshommes qui, malgré leur noblesse, avaient le bon esprit de ne pas être ou de ne pas paraître mécontents, et qui, par extraordinaire, ne parlaient jamais politique, au moins devant des femmes.

Plusieurs fois déjà, dans le pays, on s’était étonné que madame d’Ambleçay ne parût pas songer à «l’établissement» de sa fille. Quelques indiscrètes même,—de ces mamans qui conduisent leurs demoiselles à tous les bals de la préfecture et de la recette générale, avec l’idée fixe d’y trouver un bon parti,—l’avaient, à cet égard, interrogée à brûle-pourpoint.

Madame d’Ambleçay répondait ordinairement que rien ne pressait.

Là-dessus, les bonnes âmes avaient charitablement répandu le bruit que la baronne sacrifiait Louise à son égoïsme maternel, qu’elle la séquestrait impitoyablement, bien décidée à lui faire, bon gré mal gré, coiffer sainte Catherine.

Hector sut très vite tous ces détails et beaucoup d’autres encore, par la femme de son ami. Madame Aubanel était précisément la meilleure, ou plutôt la seule amie de Louise. Aussi devint-elle la confidente du jeune homme, sans qu’il s’en doutât. Il recherchait les occasions de se trouver seul avec elle, et, toutes les fois qu’il le pouvait, il s’emparait de son bras. Il faisait assaut d’empressements avec Ferdinand, qu’il trouvait fort ridicule avec sa galanterie de jeune marié.

Il faut dire que, tout en parlant toujours et sans cesse de mademoiselle d’Ambleçay, Hector essayait et croyait prendre l’air le plus détaché et le plus désintéressé du monde. Mais il réussissait mal. Sans sa préoccupation, il eût surpris de malins sourires sur les lèvres de la jeune femme. Elle croyait voir clair dans le cœur de l’ami de Ferdinand.

Hélas! il n’y voyait rien lui-même, au moins dans les premiers jours. S’il dissimulait, c’était de très bonne foi. Il était le premier à prendre le change.

S’il restait à la Fresnaie, lui qui s’était si bien promis de partir dès le lendemain du mariage de son ami, c’est qu’il ne pouvait faire autrement. Il se le prouvait.

Les prétextes ne lui manquaient pas, ni les excellentes raisons. Il n’y a pas, en Touraine, de bonne fête sans lendemain, de noce sans «retour.» C’est à qui, des parents et des amis, recevra les nouveaux mariés. Les broches tournent quinze jours durant, les violons font rage toutes les nuits; les bals, les dîners, les parties de campagne se succèdent sans interruption. Pour que cette folie de plaisirs se calme, il faut que toute la parenté soit sur les dents.

Hector pouvait-il refuser les invitations qui pleuvaient dru comme grêle? Non certes. C’eût été faire injure à son ami.