Hector tressaillit comme un dormeur éveillé par un seau d’eau froide. Sa figure exprima un si naïf ébahissement, il roulait des yeux si effarés, que l’abbé ne put s’empêcher de sourire.

—Monsieur, dit le prêtre, madame la baronne ne tardera pas sans doute à revenir, mais elle a craint pour vous l’ennui, et m’envoie vous tenir compagnie.

Le jeune homme s’inclina.

—Ce cher abbé, pensa-t-il, va, sans s’en douter, me raconter tout ce qui se passe.

Folle présomption! En vain Hector se mit en frais de ruses et de diplomatie. A toutes ses questions insidieuses ou directes, le spirituel prêtre trouva moyen, tout en parlant beaucoup, de ne répondre absolument rien. Si bien, qu’après une heure et plus de conversation, le triste amoureux n’était pas plus avancé qu’auparavant. Il était fort déconcerté, lorsqu’à sa grande satisfaction la baronne vint rompre le tête-à-tête. L’abbé, presque aussitôt, s’esquiva discrètement.

La physionomie de madame d’Ambleçay accusait une douleur profonde. Il était aisé de voir qu’elle avait pleuré; elle avait encore quelque peine à retenir ses larmes. Hector aurait eu pitié de l’altération des traits de la pauvre mère, si lui-même n’avait beaucoup souffert. La douleur est égoïste.

—Avant tout, monsieur, dit la baronne avec des prières dans la voix, jurez-moi, quoi qu’il puisse arriver, de ne jamais ouvrir la bouche sur ce qui vient de se passer.

—Je vous le jure, madame.

L’accent inimitable de sincérité d’Hector dut rassurer madame d’Ambleçay. Elle le remercia d’un seul regard, mais ce regard valait toutes les actions de grâces de la terre.

—Tout à l’heure, monsieur, reprit-elle, à votre demande si imprévue, j’ai répondu: impossible. Alors,—elle rougit en prononçant ces mots,—alors, je n’avais pas consulté ma fille. Maintenant, c’est avec son assentiment que je viens vous dire: Je ne crois pas qu’il me soit possible de vous accorder jamais sa main.