—Diable! dit Ferdinand, tu es un ingénieux scélérat. Mon procédé était brutal, le tien est plus doux, mais bien autrement abominable.

—Rassure-toi! cher ami; dès le lendemain de mon mariage avec mademoiselle d’Ambleçay, je lui assure une rente perpétuelle de vingt mille livres. Quant au reste, tant pis pour lui. De quoi s’avise-t-il, cet intrigant, de vouloir épouser la femme que j’aime?

Les deux amis venaient d’entrer à la gare.

Hector avait pris son billet et faisait enregistrer ses bagages. Ferdinand l’attira dans un coin.

—Écoute, dit-il mystérieusement, il est venu cet été à la Fresnaie un photographe...

—Ah ça! que me chantes-tu là?

—Patience donc. Il n’était pas fort habile, cet artiste, cependant je l’ai autorisé à faire le portrait de ma femme. Mademoiselle d’Ambleçay a profité de l’occasion pour avoir le sien. Il en était resté une épreuve à ma femme, je l’ai volée pour toi, la voici...

—Oh! donne, cher Ferdinand, donne vite, tu es le meilleur des amis..... Te faut-il tout mon sang?

—Merci pour aujourd’hui. Il est assez laid, ce portrait; mais tu sais, les blondes viennent mal. Allons, adieu! le train va partir, envoie-moi ton adresse, nous te tiendrons au courant...

Hector monta en wagon, bénissant au fond du cœur l’abbé, madame Aubanel, Ferdinand, la photographie et les photographes.