—Surtout, conclut madame Aubanel, de la prudence, monsieur Hector, de la prudence.

Quelques heures plus tard, Ferdinand conduisait son ami à la station de chemin de fer la plus voisine, distante encore de trois lieues.

Hector expliquait à Ferdinand une combinaison ingénieuse et infaillible qu’il venait d’imaginer.

—Vois-tu bien, cher ami, je vais trouver cet Anglais maudit, je l’accable de prévenances, je lui ouvre mon cœur, ma maison, ma bourse...

—C’est aimable de ta part.

—N’est-ce pas? Le voilà donc séduit. Il est mon ami, mon inséparable, nous ne faisons plus qu’un, il ne voit que par mes yeux.

—Jusqu’ici, tout va bien; et après?

—Après, ami Ferdinand, j’inocule à ce fils de la perfide Albion le virus de tous les vices de notre civilisation gangrenée. J’éveille en lui toutes les passions qui ruinent le cœur, l’esprit, la santé et la bourse. Je le fais joueur, ivrogne, libertin. Je le plonge au plus profond du cloaque infect de la débauche. Je le veux, d’ici un an, perdu d’honneur et de dettes, chauve, et sans un sou...

—Tais-toi, Hector, la passion te fait perdre le sens moral.

—Ce n’est rien encore. Il est ruiné, je viens à son secours; je lui prête de l’argent, tant qu’il en veut, plus qu’il n’en veut. Je nourris royalement ses vices. Je lui jette en pâture cent, deux cent, cinq cent mille francs, s’il le faut... C’est bien le diable si madame d’Ambleçay accepte un pareil gendre. J’admets pourtant qu’elle se résigne à immoler sa fille à ce sacripant, alors j’use de mes droits. J’ai pris mes précautions, l’Anglais m’a signé des lettres de change, je l’exécute, et je l’envoie pourrir à Clichy...