Elle aime peut-être ses parents. Si elle traite sa mère assez mal, à peu près comme une première femme de chambre, elle sait bon gré à son père d’avoir amassé une grande fortune. Il est vrai qu’elle ne lui pardonne pas de s’appeler Blandureau.

Ce nom ridicule, trivial, commun,—pour parler comme elle,—a empoisonné sa jeunesse et fait encore son désespoir.

Son horreur pour ce nom date du couvent.

Placée dans une maison peuplée des filles de la vieille aristocratie, elle eut le tort immense de vouloir humilier des compagnes moins riches.

On se vengea. Ses jeunes amies lui prouvèrent qu’une demoiselle dont le père s’appelle Blandureau ne peut prétendre à rien, sinon à redorer le blason de quelque gentilhomme ruiné, et qu’il n’est en ce bas monde qu’un avantage social vraiment digne d’envie: avoir eu un aïeul aux croisades.

Les railleries de ses compagnes exaspérèrent Aurélie. Elle y répondit par un étalage tout à fait ridicule; les épigrammes redoublèrent, on lui avait donné un surnom, on ne l’appelait plus que Blandurette. Dire ce qu’elle souffrit est impossible.

Enfin comme, un jour de sortie, son père, sur ses ordres exprès, l’avait envoyée chercher dans un véritable carrosse de gala, ses ennemies, pendant la récréation, improvisèrent une longue complainte sur l’air de Cadet-Roussel.

Cette complainte commençait ainsi:

Blandurette a l’air seigneurial
D’un’ servante en carnaval;
Pour étaler sa grand’ toilette,
Son papa lui donne un’ brouette.
Ah! ah!
Oui vraiment,
Blandurette est bonne enfant!

Les cinquante autres couplets n’étaient ni plus méchants ni plus spirituels, mais ils faillirent faire mourir de dépit mademoiselle Aurélie: elle eut une attaque de nerfs, et le lendemain sortit de son couvent pour n’y plus remettre les pieds.