Elle eut des maîtres à domicile.

Mais ce surnom de Blandurette est resté dans sa vie comme un souvenir amer. Elle n’a revu aucune de ses compagnes du couvent, et, si elle en rencontre quelqu’une, elle lui lance des regards furibonds.

Si mademoiselle Aurélie a songé parfois au mariage, c’est avec l’espérance de quitter ce nom fatal. Ce sera le plus beau jour de sa vie.

Hector n’était pas noble, il est vrai, mais portait un nom sonore, Malestrat. Elle espérait bien décider son mari à mettre devant une particule, à prendre un titre même, ce qui n’est pas très difficile, dit-on, avec de l’argent.

Toute la famille Blandureau habitait alors sa maison de campagne de Ville-d’Avray, bien qu’on fût au commencement de l’hiver. Il est de bon ton de rester se morfondre à la campagne jusque dans les premiers jours de janvier; les nobles familles du faubourg Saint-Germain ne dédaignent pas cette économie.

La maison de Ville-d’Avray est l’œuvre des ennuis de M. Blandureau.

Il y a consacré trois ans et près de cinq cent mille francs; il appelle cette habitation sa bonbonnière.

C’est en effet quelque chose dans le goût des pièces montées que les restaurateurs servent aux repas de noces et de corps. Tous les ordres d’architecture s’y mêlent et s’y confondent dans le plus abominable tohu-bohu. Il y a des tours et des ogives, des poivrières avec un péristyle italien; des pignons moyen âge avec des colonnes grecques et des tourelles flamboyantes, enfin une vérandah comme en ont les planteurs du Sud à leurs habitations.

Il y a à Paris trois ou quatre architectes qui ont gagné cent mille francs de rente à agrémenter de ces horribles choses la campagne parisienne, jadis si belle.

La Folie-Blandureau, c’est ainsi que les voisins l’appellent pour flatter l’ex-négociant, est bâtie moitié pierres et moitié briques de toutes les couleurs. Il y a des peintures à l’extérieur et des incrustations de marbre et de porcelaine. On dirait quelque chose de chinois, une pagode si vous le voulez, et le voyageur s’arrête involontairement pour voir sortir le magot.