Mais c’est précisément cet air que ne peut souffrir mademoiselle Aurélie. Hector a les façons d’un homme comme il faut, c’est-à-dire qu’il est simple. Mademoiselle Aurélie, dont le goût n’est pas fort exercé, confond cette simplicité avec les manières communes. La suprême distinction pour elle est le vêtement qui attire l’œil, la démarche emphatique, la figure solennelle, enfin cette confiance en soi qui donne aux niais les allures insupportables qu’ils traînent dans le monde.
Hector, au bout d’une heure, savait à fond le caractère de sa fiancée. Aussi à table eut-il l’humeur enjouée et l’entrain facile d’un commis-voyageur. Sans se soucier du pincement de lèvres de mademoiselle Aurélie, il appela M. Blandureau «papa beau-père,» et madame Blandureau «belle-maman.»
Tout le long du dîner, il parla de commerce, hérissant sa conversation de chiffres. Il est vrai qu’il ne sait rien du commerce: peu importe; il parla de spéculations, de hausse, de baisse, de frets, de navires en charge.
Il avait, dirait-il, une idée des plus heureuses, une entreprise considérable qu’il voulait commencer immédiatement après son mariage. Il s’agissait d’opérer une râfle des cuirs bruts sur les marchés du Mexique; il comptait alors amener une disette, faire la loi à la tannerie française, maintenir les prix, et réaliser ainsi des bénéfices considérables.
Mademoiselle Aurélie pâlissait à ces discours.
Ce fut bien autre chose, vraiment, au dessert. Hector s’attendrit, parla de l’avenir, et dit tout haut ses rêves. Il espérait, une fois marié, trouver enfin le bonheur et la tranquillité; sa femme serait son caissier; elle tiendrait les livres et s’occuperait de la correspondance.
—Songez, mademoiselle, dit-il, s’adressant alors directement à Aurélie, aux magnifiques affaires que nous pouvons entreprendre et aux bénéfices immenses que nous réaliserons, car enfin notre maison n’aura presque plus de frais.
La jeune fille ne répondit pas. En elle-même elle se promettait de déconcerter fort les plans de son futur mari.
Hector outra un peu son rôle, ce ne fut pas un malheur. A la fin, il avait réussi presque à déplaire à M. Blandureau.
Cependant, comme il se faisait tard, le négociant ne voulait pas laisser Hector regagner Paris. Il lui offrit une chambre, mais, sur un signe de sa fille, il cessa vite d’insister.