—Personne, répondit Hector, surpris de ce début.

L’Anglais alla s’assurer que la porte était bien fermée, et revenant vers son ami:

—Monsieur, lui dit-il, je suis un homme tout à fait coupable et tout à fait indigne de votre amitié. Je me méprise moi-même et vous ne sauriez m’accabler de plus de reproches que ne m’en a fait ma conscience. J’avais une fiancée, je l’ai trahie; hier, j’ai dû lui écrire que j’étais un homme sans foi; aujourd’hui je viens vous dire: Ami, je vous ai trahi de la façon la plus misérable, je vous ai enlevé le cœur de celle que vous deviez épouser, j’aime Aurélie, j’en suis aimé. Son père vient de m’accorder sa main.

—Tu es le meilleur et le plus excellent des hommes, s’écria Hector en serrant le gentleman sur son cœur. S’il te faut jamais un ami sûr, viens à moi. Te faut-il toute ma fortune, parle?

M. Wellesley pensa que la raison d’Hector s’égarait, et ses remords en redoublèrent.

—Revenez à vous, lui dit-il, je ne vous ai pas tout dit encore. Je veux vous offrir toutes les satisfactions qu’un homme peut désirer. J’ai là une boîte de pistolets; une seule de ces armes est chargée. Vous allez choisir et...

—Me battre avec vous! s’écria Hector, et pourquoi, grand Dieu! Rassurez-vous; je n’aimais pas mademoiselle Aurélie.

—Que vous l’aimiez ou non, reprit sir James, mon action n’en est ni moins perfide, ni moins odieuse. Mais, je vous le répète, j’ai là des pistolets...

—Vous êtes fou, fit Hector en haussant les épaules. Comment, vous me prenez mademoiselle Aurélie, et vous voulez me tuer par-dessus le marché!

M. Wellesley se fâcha tout rouge sur ces dernières paroles.