Ainsi parlait Lorilleux avec l’éloquence de la conviction. Chaque jour, pour reproduire ces quelques idées, il inventait une forme nouvelle. Pour décrire les enchantements de la lune de miel, il devenait presque poète. On aurait pu croire que tous les matins il étudiait, pour les paraphraser le soir, quelques pages de ce livre aimable et ingénieux qui, après avoir fait la réputation et la fortune de M. Legouvé le père, n’a pas été sans contribuer aux succès littéraires et à la renommée de M. Legouvé le fils.

A tous ces propos, Pascal prêtait une oreille distraite. Lorsque Lorilleux, après avoir décrit la femme de ses rêves, c’est-à-dire après avoir fait le portrait de sa sœur, s’écriait:

—Oui, c’est bien décidé, le jour où je trouve cette femme, je me marie.

—Marie-toi, lui répondait simplement Pascal.

Il fallait alors une grande force de caractère au médecin pour ne pas dire à son ami:

—Eh bien! et toi?

Mais déjà à deux ou trois reprises le jeune ingénieur était venu au-devant de cette question, toujours suspendue aux lèvres de Lorilleux.

—Je me marierai très probablement, disait-il, comme tout le monde, mais je suis assez jeune pour attendre encore. Je me trouve fort heureux tel que je suis; la solitude ne me pèse en aucune façon. D’ailleurs, à notre époque, une femme est un luxe encore au-dessus de mes moyens. Il faut vraiment de la fortune à celui qui ne se sent pas l’utile courage de considérer la dot avant tout; et je veux, moi, pouvoir choisir sans m’inquiéter de l’argent.

Si le peu d’empressement de Pascal désolait Lorilleux, au moins il était ravi de son désintéressement. Et Dieu sait s’il l’approuvait!

—Une femme doit tout tenir de son mari, disait-il.