Dans ses annonces, M. de Saint-Roch fait sonner bien haut ces trois issues, gages d’incognito pour les pratiques. Il n’est pas fier, et ne tient pas à ce que ses visiteurs se fassent annoncer à son de trompe. Enfin, comme pour préparer des excuses, des prétextes, aux hommes aussi bien qu’aux femmes, une modiste en renom occupe le troisième étage, tandis qu’au deuxième demeure un banquier dont on entend tinter les écus dans l’escalier. Trois fois heureux présage!
Cette maison mystérieuse a sans doute un portier, deux portiers plutôt, puisqu’il y a deux portes, mais personne jamais ne les a vus. Il y a deux loges, mais jamais au carreau de l’une ni de l’autre ne se montre une tête maussade; jamais une voix insolente ne crie aux visiteurs: «Où allez-vous?» Cette question pourrait être embarrassante.
Des écriteaux à lettres dorées sur un fond de laque noire, remplacent avantageusement les portiers absents. Ils prennent pour ainsi dire l’étranger par la main, le suivent tout le long de l’escalier, et le conduisent où il désire aller: chez le banquier, chez la modiste, où chez l’homme aux mariages.
Dans cette bienheureuse maison, d’un côté ou de l’autre, on entre comme chez soi. C’est ainsi qu’y entra Pascal. Guidé par les mains à l’index tendu dessinées sur le mur, il gravit l’escalier. Sur le palier du premier étage donnent trois portes; sur toutes trois, en lettres brillantes, on lit le nom illustre de l’ambassadeur matrimonial.
Pascal sonna au hasard à l’une de ces entrées. Le timbre vibrait encore que la porte s’ouvrait, et il se trouvait face à face avec un superbe domestique, plus doré sur tranche qu’un suisse de cathédrale.
—M. de Saint-Roch? demanda Pascal.
—Si monsieur veut bien prendre la peine de me suivre, répondit respectueusement le magnifique valet, je vais conduire monsieur.
Et écartant une portière de damas, il précéda le jeune homme dans un couloir éclairé par des verres dépolis. Un épais tapis assourdissait le bruit des pas.
Tout en marchant, Pascal riait; il songeait aux réclames du négociateur qui dépeignent sa maison sous un aspect fantastique: portes mystérieuses, escaliers dérobés, corridors sombres, rien n’y manque; peut-être cependant les valets devraient-ils être sourds et muets.
Enfin, le domestique introduisit le visiteur dans un petit salon tendu de reps lilas tendre, d’une nuance audacieuse.