—Si monsieur veut prendre la peine de s’asseoir, dit-il, je vais prévenir monsieur.
Et en même temps il frappait trois coups sur un timbre placé au milieu de la table.
—Me faudra-t-il attendre longtemps?
—Monsieur est prévenu que monsieur l’attend dans le salon lilas, répondit en s’inclinant le domestique. Monsieur ne tardera pas à venir retrouver monsieur.
Il s’inclina de nouveau et se retira sans bruit, refermant discrètement la porte.
—Diable! pensa Pascal, il paraît qu’il y a des salons de toutes les couleurs, ici; examinons toujours celui-ci.
Ce salon lilas est, à vrai dire, une petite merveille de luxe malentendu et de richesse de mauvais goût. Une revendeuse à la toilette y aurait des éblouissements. Tout est doré, depuis le bras des fauteuils jusqu’à la rosace du plafond. La tapisserie des meubles est brodée à la main; il n’en est pas un qui ressemble à l’autre. Le tapis à personnages est le chef-d’œuvre du grotesque: il doit représenter la toilette de madame de Pompadour, ou autre chose, l’auteur du carton peut seul savoir quoi.
Le reste est à l’avenant. Mais ce qui donne au salon lilas une physionomie particulière, c’est le nombre des tableaux de tout genre accrochés aux lambris, et la profusion incroyable de menus objets disposés sur la cheminée, sur les tables, sur quatre ou cinq étagères.
Bronzes, plâtres, marbres, porcelaines, bois sculptés, il y a de tout. Un magasin de bric-à-brac peut seul donner une idée de cet encombrement d’objets d’art. Et quels objets d’art! Des choses inouïes, prodigieuses, des statuettes à faire frémir, des peintures à donner le frisson. Un bon tableau, trois médiocres, quelques bronzes de chez Barbedienne, trouveraient grâce; mais tout le reste!...
Pascal, horripilé, allait d’un objet à l’autre. Sous chaque bibelot il y avait une étiquette et une devise; on lisait: A notre bon ami.—A l’auteur de mon bonheur.—Souvenir d’une heureuse mère.—Gage de reconnaissance, etc., etc...