—Monsieur, dit-il, un de mes bons amis, qui a pour vous une estime singulière, m’a dit votre désir d’aller dans le monde. Je me tiendrai pour très honoré de présenter dans les quelques maisons où je suis reçu un homme aussi distingué que vous.

La pose, le geste, le ton, tout était parfait. Voilà ce que remarqua Pascal tout en se confondant en excuses. Il expliqua que, rentré depuis quelques minutes à peine, il n’avait été prévenu qu’à l’instant de la venue du chevalier. Dans le fait, bien que fort intrigué, il hésitait à suivre l’ami de M. de Saint-Roch.

—Je ne suis pas prêt, monsieur, ajouta-t-il, et je craindrais d’abuser de votre obligeance...

—Oh! qu’à cela ne tienne, répondit le chevalier, rien ne nous presse, et je puis fort bien vous attendre.

La curiosité triompha, et Pascal, après quelques façons, se décida à suivre M. de Jeuflas. Pour lui faire prendre patience pendant qu’il s’habillerait, il lui offrit des cigares; mais le chevalier refusa, bien qu’amateur, avoua-t-il, de bons cigares, parce qu’il ne fumait jamais lorsqu’il devait aller dans un salon où se trouveraient des femmes.

Tout en s’habillant, Pascal se disait:

—Où diable M. de Saint-Roch pêche-t-il de pareils compères? C’est qu’il est fort bien. Il n’y a plus que les gentilshommes et les coiffeurs, à craindre d’empester le tabac lorsqu’ils se présentent chez une femme; évidemment le chevalier est un gentilhomme. Allons, l’intrigue se complique.

Le chevalier avait sa voiture. Lorsqu’il y fut installé à côté de Pascal:

—Pour ce soir, dit-il, nous allons chez un ancien magistrat, fort de mes amis, qui donne deux ou trois soirées dansantes par hiver. C’est une bonne et agréable maison, où vous vous plairez, j’en suis sûr.

A la façon dont la maîtresse de la maison le reçut, lorsque M. de Jeuflas l’eut présenté comme un de ses meilleurs et de ses plus anciens amis, Pascal vit bien que le chevalier était effectivement très considéré, et plus aimé encore. A sa seule recommandation il dut cet accueil amical et gracieux qu’on réserve pour les hôtes aimés.