Il lui fallait reconduire sa danseuse à sa place. Tout en prenant le plus long, pour avoir le plaisir de la sentir s’appuyer à son bras quelques minutes de plus, il la pria de lui accorder une mazurque, puisqu’elle avait promis tous les quadrilles.
—Je ne danse pas la mazurque, monsieur, dit-elle d’un petit air triste.
—Je vous en prie, mademoiselle, insista Pascal, permettez-moi de solliciter cette faveur en présence de madame votre mère; je suis sûr qu’elle ne me refusera pas.
Elle leva les yeux sur Pascal, et rougit de se voir devinée. Elle brûlait de la danser, cette mazurque séduisante, mais sa mère était inflexible. Bien bas, sans avoir grand espoir dans une démarche plusieurs fois renouvelée, elle répondit:
—Je le veux bien, monsieur.
Il est très-éloquent, au moins, cet intrigant de Pascal Divorne, mon ami; il le montra bien. Il emporta d’emblée le consentement de madame Gerbeau. Et ce n’était pas chose facile, car elle a des principes arrêtés, très arrêtés, et ne s’en départ pas volontiers. Jusqu’à ce jour elle avait juré, au su de tout le monde, que jamais, au grand jamais, sa fille ne se mêlerait à ces danses inconvenantes où un jeune homme a le droit d’enlacer de son bras la taille d’une jeune fille.
Oui, elle l’avait juré et crié sur les toits; c’était l’article premier de la charte maternelle octroyée le jour où, pour la première fois, elle avait conduit sa fille au bal. Tout le monde le savait bien. Aussi lorsqu’on vit mademoiselle Antoinette mazurker avec ce beau jeune homme que personne ne connaissait, on pensa qu’il y avait quelque chose, et que le danseur heureux était un futur mari.
Pascal, lui, fut héroïque; il dansa avec d’autres jeunes filles trois ou quatre quadrilles, espérant ainsi mériter une mazurque nouvelle. Mais lorsque, vers deux heures du matin, il chercha madame Gerbeau pour lui arracher un second consentement, elle avait disparu.
Son dépit fut vif. Il regretta de s’être donné tant de mouvement pour rien. Alors seulement il se souvint de son introducteur. Il eut quelque peine à le découvrir; enfin il l’aperçut dans le salon de jeu.
Le chevalier de Jeuflas était assis à une table d’écarté. Il gagnait. Ce n’était plus le même homme, sa froideur l’avait quitté, sa figure exprimait une joie passionnée, bien que contenue. Son regard s’était allumé et lançait des éclairs fauves comme l’or amassé devant lui.