—Ce n’est donc pas une plaisanterie? demanda Lantier.

—Une plaisanterie! J’espère bien qu’avant trois semaines nous célébrerons la noce, et je compte que vous en serez, Lantier, mon vieil ami. Et nous allons nous occuper de me bâtir une jolie petite maison, où nous pendrons la crémaillère avant l’hiver prochain.

—Je ferai tout ce qu’il vous plaira, dit l’entrepreneur avec un soupir. J’étais venu, ajouta-t-il, pour vous parler d’une affaire que j’ai, c’est-à-dire que j’avais en vue; mais comme rien ne presse, ce sera pour une autre fois. Il se fait tard aujourd’hui, et l’instant ne me paraît pas bien choisi.

En saluant Lorilleux qui ne le voyait pas, il serra la main de Pascal et sortit. On put entendre son pas lourd dans l’escalier que, deux heures auparavant, il avait monté leste et joyeux.

En même temps que Lantier sortait, Pascal passa dans une autre pièce, laissant Lorilleux seul dans son cabinet.

Alors seulement le médecin sortit de son immobilité. Mais ce fut pour se livrer à un de ces accès de rage froide que connaissent seuls les gens de cette trempe.

La bile, et non le sang, lui montait à la tête à flots pressés, lui serrait la gorge à l’étouffer, et l’aveuglait. D’un mot, Pascal venait de renverser le laborieux édifice de sa vie, il était enseveli sous les décombres.

Tout est perdu, plus d’espérance! Voilà les mots qui bourdonnaient à son oreille, et sa fureur redoublait. Il se sentait capable des plus grands crimes. Comme il haïssait cet homme qu’hier encore il nommait son ami! Et en quelques minutes sa haine avait pris d’effroyables proportions.

—L’infâme, disait-il d’une voix sourde, les dents serrées, le misérable, trahir ainsi notre amitié... Oh! il me paiera cher les horribles souffrances qu’il me donne. Le bonheur de sa vie ne suffira pas à me payer de tels moments.

Et il marchait çà et là, dans le cabinet, avec l’agitation fiévreuse d’un fou, l’œil hagard, plus effrayant que le tigre qui tourne autour de sa loge. Ses doigts crispés heurtaient les murailles. Avec quel bonheur il aurait poignardé Pascal! Mais il cherchait, il voulait une vengeance plus raffinée.