—Il faut bien corriger un peu la feuille de figuier, répondit-il gaîment; quand on veut faire des conquêtes, on doit autant que possible revêtir l’armure du conquérant. Donc, tu es satisfait de mon armure?

—Conquêtes! conquérant, balbutia Lorilleux.

—Certainement. Ne vas-tu pas te fâcher de ce que j’ai adopté les idées dont tu me rebats les oreilles depuis un temps infini? Mais, à propos, depuis deux semaines que je t’ai à peine entrevu, as-tu découvert enfin ta jeune fille idéale?

Le médecin eut le pressentiment d’un horrible malheur.

—Non, pas encore, répondit-il; trouver une femme comme je la veux n’est pas facile.

—Je crois bien, dit Jean Lantier, mettre la main sur l’anguille dans le sac de vipères.

—Vous êtes aussi trop exigeants, reprit Pascal. Et, ma foi! comme je ne poursuis pas une chimère, j’ai trouvé. J’espère bien avoir pris l’anguille, comme dit Jean Lantier. Bref, mes amis, vous qui êtes mes meilleurs amis, vous saurez les premiers la grande nouvelle: Je me marie, c’est décidé.

Ce fut comme un coup de massue pour les deux amis du jeune ingénieur.

Lantier s’affaissa lourdement sur un fauteuil. Lorilleux demeura pétrifié, plus immobile que la femme de Loth après la métamorphose, plus pâle que sa cravate blanche de docteur. Pascal les regardait avec stupéfaction.

—Eh! mais, dit-il, la nouvelle de mon mariage ne paraît pas vous causer une joie folle. Je pensais que vous partageriez mon bonheur, je m’attendais à des félicitations...