—Allez la lui demander si vous voulez, dit M. de Jeuflas avec découragement; quant à moi, je ne m’en sens pas le courage. Il m’a traité ce matin d’une façon indigne, il m’a presque jeté à la porte...
—Aussi, comment diable un homme comme vous se met-il à la solde d’un négociant en mariages?
—Eh! monsieur! la misère! J’ai été riche, je suis ruiné. Est-ce à mon âge qu’on se met à travailler? Et encore, à quoi serais-je bon...
—Pauvre chevalier! vrai, je vous plains...
—Vous auriez tort de me railler, en tout cas. Cette affaire avec Gerbeau me perd à tout jamais. Qu’adviendra-t-il si elle s’ébruite? C’en est fait de mon honneur, de mon crédit, de ma considération, toutes les maisons me seront fermées.
Pascal eut pitié de cet homme malheureux.
—Quoi qu’il advienne, lui dit-il, je vous promets le silence le plus absolu.
—Et Gerbeau, se taira-t-il? Ce matin, il m’a chassé de chez lui, ô honte! moi le chevalier de Jeuflas. A cette heure, il a sans doute raconté l’aventure à vingt personnes.
—Je me trompe peut-être, reprit Pascal, mais il me semble que, dans l’intérêt même de sa fille, M. Gerbeau doit se taire. Vous vous alarmez à tort.
Mais Pascal eut beau faire, il ne put ramener le sourire sur les lèvres de l’infortuné coopérateur. Il avait la mort dans l’âme, il n’était plus que l’ombre de lui-même.