—Eh! monsieur, les notaires aussi ont intérêt à marier leurs clients...

—Oui, mais ils sont officiers ministériels; on sait qu’on peut se fier à eux; leur probité et leur discrétion...

L’ambassadeur vit jour à porter, croyait-il, un coup décisif.

—Leur discrétion! s’écria-t-il, ah! je vois bien, monsieur, que vous ne connaissez pas la mienne; j’ai cependant dépensé plus de cent mille francs pour l’annoncer au monde entier. Un secret est chez moi plus en sûreté que votre argent à la Banque de France. Ma maison est le confessionnal de l’univers, le tombeau des secrets du monde entier. Rien ne transpirera jamais des mystères dont je suis le confident. La mort même ne me fera rien révéler. A ma mort, tout doit me suivre au cercueil, tout, cabinet, titres, mémoires. Je n’ai jamais formé d’élève. Quant à mes registres, vous pouvez les ouvrir. Jetez les yeux sur cette nomenclature de toutes les héritières des cinq parties du monde, vous ne comprendrez rien aux caractères hiéroglyphiques que seul je puis déchiffrer...

Le bruit d’un timbre, qui résonna dans le lointain des appartements, coupa brusquement la parole au négociateur. Il prêta l’oreille et compta cinq coups.

—Peste soit de l’importun! murmura-t-il, c’est une visite, au salon bleu-ciel.

Presque aussitôt un domestique entrebâilla une des portes du cabinet et fit un signe à M. de Saint-Roch.

—Mille pardons! dit l’ambassadeur à M. Gerbeau, je suis à vous à l’instant. Et il s’approcha du domestique.

—Monsieur, dit celui-ci à voix basse, il y a un monsieur dans le salon bleu.

—Je le sais, j’ai entendu, il était inutile de me déranger.