—C’est que monsieur ne sait pas que ce monsieur paraît furieux. Il ne voulait pas attendre et menaçait de tout casser.
—Diable! quelle espèce d’homme est-ce?
—Un grand qui a des lunettes d’or; assez vieux, bien mis, l’air de province, il m’a donné sa carte.
M. de Saint-Roch prit la carte, y jeta les yeux et poussa une exclamation de joie; il avait lu:
Pierre Divorne,
Avoué licencié.
—Le père! pensa-t-il, l’avoué! c’est le ciel qui me l’envoie.
Et saisi d’une de ces inspirations sublimes qui décident des batailles, il repoussa le domestique, et s’élança dans le corridor, laissant son visiteur seul et stupéfait.
M. Divorne, le père, sortait précisément de chez maître Bertaud. Le notaire lui avait donné sur la famille d’Antoinette des détails si inespérés, des renseignements si brillants, qu’il regretta amèrement la promesse faite à sa femme de rompre le mariage. Mais, esclave de sa parole, il s’affermit dans sa résolution de refuser malgré tout son consentement. S’il venait chez le négociateur, c’est qu’il voulait passer un peu sa colère, et lui laver convenablement la tête.
C’est dire qu’il accueillit fort mal M. de Saint-Roch qui accourait. Mais l’ambassadeur ne s’amusa pas à répondre, il prit le bras de l’avoué, et le poussant presque devant lui: