—Pas une heure. Oui ou non, sur-le-champ.

Incertain, éperdu, presque fou d’avoir à prendre ainsi subitement une décision si grave, Lorilleux ferma les yeux, comme le voyageur ébloui qui tout à coup, sous ses pas, entrevoit un abîme béant. Lui qui mûrissait ses actions les plus indifférentes, se résoudre ainsi à l’acte le plus important de la vie, quelle épreuve! Mais enfin, triomphant des habitudes de toute son existence:

—Soit, dit-il, j’accepte.

Et tout bas, il ajouta: La fortune de ma femme rejaillira sur ma sœur.

—Ainsi, reprit Pascal, je puis prévenir Lantier.

—Oui, j’ai toujours été malheureux, peut-être la chance me viendra-t-elle par ton entremise.

—Eh! cher ami, pour que le bonheur entre dans une maison, il faut lui tenir la porte ouverte.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Le soir même, pour prévenir toute occasion de chagrin à venir, Pascal, après bien des hésitations, osa,—contre l’avis de M. Divorne et même de M. Gerbeau,—instruire mademoiselle Antoinette de tout ce qui s’était passé; il lui dit le rôle joué par l’ambassadeur matrimonial et le chevalier de Jeuflas Pour toute réponse, la jeune fille lui tendit la main, comme je souhaite, ami lecteur, que te la tende la femme que tu aimes, lorsque tu auras quelque requête à lui présenter.

Cependant le chevalier de Jeuflas ne fut point invité à la noce, qui eut lieu quinze jours plus tard.