Eh bien! cet homme heureux s’ennuyait.

Comme nombre de gens, Hector valait mieux que sa réputation. Qui l’eût jugé sur sa façon de vivre, se fût grossièrement trompé. Il avait fait nombre de folies, mais sans passion, le cœur y était resté étranger. Il agissait suivant certaines formules que le monde impose, et qui souvent rendent un homme d’esprit tributaire des imbéciles. Devenir un homme à la mode l’avait flatté en commençant; son but atteint, il avait cru son honneur intéressé à maintenir sa réputation. Sa vanité était devenue comme un boulet qu’il traînait, sans oser rompre la chaîne. Il avait bonne envie de donner un but a son existence, mais il ne savait lequel. Une fausse honte, une certaine défiance de soi, et aussi les mille fils de l’habitude le retenaient.

Il se demandait comment s’y prendre pour faire autrement qu’il n’avait fait jusqu’alors, cherchait et ne trouvait pas. Qu’entreprendre à son âge? Se remettre aux affaires? Mais l’argent fait tout l’intérêt du commerce, et il se trouvait plus riche que ses désirs. Il eût fallu se mettre résolûment à travailler, mais à quoi? et que dirait Bordeaux? Brave l’épée à la main, il se sentait sans courage contre l’opinion. N’était-il pas lui-même l’homme de l’opinion, et ne lui devait-il pas tout? Il ne savait que rougir de son peu de résolution. Il méprisait un peu ses bons amis, mais leurs railleries lui inspiraient une véritable terreur. Jusqu’alors il avait vécu non pour soi, mais pour les autres; il le comprenait fort bien, et cette idée l’exaspérait. En jugeant l’avenir d’après le passé, il se sentait le cœur affadi, mais il ne se décidait à rien.

Le fait est qu’il était excédé de cette existence, plus aride qu’un éloge académique, et, malgré son apparente variété, plus monotone que les évolutions d’un pendule.

Le soir, en rentrant chez lui, il se laissait aller sur son fauteuil, plus fatigué qu’un acteur après six heures de planches, bâillait et se répétait avec un énorme découragement:

—C’est toujours la même chose, toujours la même chose!

Ah! si les amis l’avaient vu! Mais il cachait soigneusement cet écrasant ennui, que nul ne soupçonnait, pas même son valet de chambre.

Enfin, un matin, il eut une inspiration qu’il jugea envoyée d’en haut.

—Si je faisais une fin, murmura-t-il, si je me mariais?

Il saisit l’inspiration au vol, et, séance tenante, sans trouble, sans hésitations, il décida qu’avant trois mois il serait marié; lui qui jusqu’alors n’avait pensé au mariage que comme un jeune sous-chef du ministère, ambitieux et remuant, pense à sa retraite.