Ce n'était pas lâcheté de la part du marquis de Sairmeuse, mais se colleter lui représentait quelque chose de si ignoble et de si bas, qu'il eût tué Maurice comme un chien, plutôt que de se laisser toucher du bout du doigt.
Cette explosion de la colère si légitime de Maurice, Marie-Anne l'attendait, la souhaitait même depuis un moment.
Elle était bien plus inexpérimentée encore que son ami, mais elle était femme et n'avait pu se méprendre à l'accent du jeune marquis de Sairmeuse.
Il était évident qu'il «lui faisait la cour.» Et avec quelles intentions!... il n'était que trop aisé de le deviner.
Son trouble, pendant que le marquis parlait d'une voix de plus en plus tendre, venait de la stupeur et de l'indignation qu'elle ressentait d'une si prodigieuse audace.
Comment, après cela, n'eût-elle pas béni la violence qui mettait fin à une situation atroce pour elle, ridicule pour Maurice!
Une femme vulgaire se fût jetée entre ces deux jeunes gens prêts à s'entre-tuer. Marie-Anne ne bougea pas.
Le devoir de Maurice n'était-il pas de la défendre quand on l'insultait! Qui donc, sinon lui, la protégerait contre la flétrissante galanterie d'un libertin? Elle eût rougi, elle qui était l'énergie même, d'aimer un être faible et pusillanime.
Mais toute intervention était inutile.
Si la passion, le plus souvent, aveugle, il arrive aussi parfois qu'elle éclaire.