Maurice comprit qu'il est de ces injures qu'on ne doit pas paraître soupçonner, sous peine de donner sur soi un avantage à qui les adresse.

Il sentit que Marie-Anne devait être hors de cause. C'était affaire à lui d'expliquer les motifs de son agression.

Cette intelligence instantanée de la situation opéra en lui une si puissante réaction, qu'il recouvra, comme par magie, tout son sang-froid et le libre exercice de ses facultés.

—Oui, reprit-il d'un ton de défi, c'est assez d'hypocrisie, monsieur!... Oser parler de réparations après le traitement que vous et les vôtres lui avez infligé, c'est ajouter à l'affront une humiliation préméditée... et je ne le souffrirai pas.

Martial avait désarmé son fusil; il s'était relevé, et il époussetait le genou de son pantalon, où s'étaient attachés quelques grains de sable, avec un flegme dont il avait surpris le secret en Angleterre.

Il était bien trop fin pour ne pas reconnaître que Maurice déguisait la véritable cause de son emportement, mais que lui importait!... S'il s'avouait, qu'emporté par l'étrange impression que produisait sur lui Marie-Anne, il était allé trop vite et trop loin, il n'en était pas absolument mécontent.

Cependant il fallait répondre, et garder la supériorité qu'il s'imaginait avoir eue jusqu'à ce moment.

—Vous ne saurez jamais, monsieur, dit-il, en regardant alternativement son fusil et Marie-Anne, tout ce que vous devez à Mlle Lacheneur. Nous nous rencontrerons encore, je l'espère...

—Vous me l'avez déjà dit, interrompit brutalement Maurice. Rien n'est si facile que de me rencontrer... Le premier paysan venu vous indiquera la maison du baron d'Escorval.

—Eh bien!... monsieur, je ne dis pas que je ne vous enverrai pas deux de mes amis...