Ses pressentiments d'ailleurs ne l'avaient pas trompée. C'était bien Mlle Lacheneur qui l'attendait au salon.

La malheureuse jeune fille était plus pâle que de coutume, mais rien dans son attitude ne trahissait les affreuses tortures qu'elle subissait depuis deux jours.

Et sa voix, en demandant à son ancienne amie une liste de «pratiques,» était aussi calme et aussi naturelle qu'autrefois quand elle la priait de venir passer une après-midi à Sairmeuse.

Aussi, lorsque ces deux jeunes filles si différentes s'embrassèrent, les rôles furent-ils intervertis.

C'était Marie-Anne que le malheur atteignait, ce fut Mlle Blanche qui sanglota.

Mais tout en écrivant à la file le nom des personnes de sa connaissance, Mlle de Courtomieu ne songeait qu'à l'occasion favorable qui se présentait de vérifier les soupçons éveillés en elle par le trouble de Martial.

—Il est inconcevable, dit-elle à son amie, inimaginable que le duc de Sairmeuse vous réduise à une si pénible extrémité!...

Si loyale était Marie-Anne, qu'elle ne voulut pas laisser peser cette accusation sur l'homme qui avait si cruellement traité son père.

—Il ne faut pas accuser le duc, dit-elle doucement; il nous a fait faire, ce matin, des offres considérables, par son fils.

Mlle Blanche se dressa comme si une vipère l'eût mordue.