Il arrivait au petit bois de pins, quand un pas jeune et leste, sur le sentier, le fit se retourner.
Le marquis de Sairmeuse arrivait, lui faisant signe. Il s'arrêta, très-surpris. Martial l'aborda avec cet air de juvénile franchise qu'il savait si bien prendre, et d'un ton brusque:
—J'espère, monsieur, dit-il, que vous m'excuserez de vous avoir poursuivi quand vous m'aurez entendu. Je ne suis pas de votre bord, j'exècre ce que vous adorez, mais je n'ai ni la passion ni les rancunes de vos ennemis. C'est pourquoi je vous dis: à votre place, je voyagerais... La frontière est à deux pas, un bon cheval et un temps de galop, et on est à l'abri... À bon entendeur salut!
Et sans attendre une réponse, il s'éloigna.
M. d'Escorval était confondu.
—On dirait une conspiration pour me chasser, murmura-t-il. Mais j'ai de fortes raisons de suspecter la bonne foi de ce beau fils.
Martial était déjà loin.
Moins préoccupé, il eût aperçu deux ombres le long du bois: Mlle Blanche de Courtomieu, suivie de l'inévitable tante Médie, était venue l'épier.
XVII
M. le marquis de Courtomieu idolâtrait sa fille; c'était un fait admis, notoire dans le pays, incontestable et incontesté.