Venait-on à lui parler de Mlle Blanche, on ne manquait jamais de lui dire:
—Vous qui adorez votre fille...
Et si lui-même en parlait, il disait:
—Moi qui adore Blanche...
La vérité est qu'il eût donné bonne chose, le tiers de sa fortune, pour en être débarrassé.
Cette jeune fille toute souriante, qui semblait encore une enfant, avait su prendre sur lui un empire absolu dont elle abusait; et, selon son expression en ses jours de mauvaise humeur, «elle le menait comme un tambour.»
Or, le marquis était excédé du despotisme de sa fille. Il était las de plier comme une baguette de vime au souffle de tous ses caprices... et Dieu sait si elle en avait!
Il lui avait bien jeté tante Médie, mais en trois mois la parente pauvre avait été rompue, brisée, assouplie, au point de ne compter plus.
Souvent le marquis se révoltait, mais neuf fois sur dix il payait cher ses tentatives de rébellion. Quand Mlle Blanche arrêtait sur lui, d'une certaine façon, ses yeux froids et durs comme l'acier, tout son courage s'envolait. Avec lui, d'ailleurs, elle maniait l'ironie comme un poignard empoisonné, et connaissant les endroits sensibles, elle frappait avec une admirable précision.
—Ce n'est pas une fille que j'ai, pensait parfois le marquis avec une sorte de désespoir, c'est une seconde conscience, bien autrement cruelle que l'autre...