Après s'être avancée, avec une inconséquence calculée, sûre de l'impression produite, elle battait en retraite, manœuvre trop simple pour ne pas réussir toujours.
Autant elle s'était montrée vive, spirituelle, coquette, rieuse, autant peu à peu elle devint timide et réservée. La pensionnaire étourdie parut s'effacer sous la vierge.
Elle joua pour Martial, et avec quelle perfection! cette comédie divine du premier amour. Il put observer les naïves pudeurs et les chastes appréhensions de ce cœur qui semblait s'éveiller pour lui. Paraissait-il, Mlle Blanche rougissait et se taisait. Pour un mot elle devenait confuse. On ne vit plus ses beaux yeux qu'à travers les franges soyeuses de ses sourcils.
Qui lui avait enseigné cette politique de la coquetterie la plus raffinée?... On dit que le couvent est un grand maître.
Mais ce qu'on ne lui avait pas appris, ce qu'elle ignorait, c'est que les plus habiles deviennent dupes de leurs mensonges; c'est que les grandes comédiennes unissent toujours par verser de vraies larmes.
Elle le comprit un soir où une plaisanterie du duc de Sairmeuse lui révéla que Martial allait tous les jours chez Lacheneur.
Ce qu'elle ressentit alors ne pouvait se comparer au frémissement de jalousie, de colère plutôt, qui déjà l'avait agitée.
Ce fut une douleur aiguë, âpre, intolérable, la sensation d'une lame rougie déchirant ses chairs.
La première fois, tout en rêvant une vengeance, elle avait pu garder son sang-froid; cette fois, non.
Pour ne pas se trahir, elle dut quitter le salon précipitamment. Elle courut s'enfermer dans sa chambre, et là éclata en sanglots.