—Ne m'aimerait-il donc pas! murmurait-elle:
Cette pensée la glaçait, et elle, l'orgueilleuse héritière, pour la première fois elle douta de soi.
Elle songea que Martial était assez noble pour se moquer de la noblesse, trop riche pour ne pas mépriser l'argent, et qu'elle-même n'était sans doute ni si jolie ni si séduisante qu'elle le croyait et que le disaient ses flatteurs.
Elle pouvait n'être pas aimée... elle tremblait de ne l'être pas.
Tout cependant, dans la conduite de Martial, et Dieu sait avec quelle fidélité sa mémoire la lui rappelait depuis une semaine, tout était fait pour lui rendre quelque assurance.
Il ne s'était pas déclaré formellement, mais il était parfaitement clair qu'il lui faisait la cour. Ses façons avec elle étaient celles du plus respectueux et en même temps du plus épris des amants. À certains moments, elle l'avait troublé, elle en était sûre. Il lui semblait entendre encore le tremblement de sa voix, à quelques phrases qu'il avait murmurées à son oreille...
Mlle Blanche se rassurait à demi, quand le souvenir soudain d'une conversation surprise entre deux de ses parentes illumina les ténèbres où elle se débattait.
L'une de ces deux jeunes femmes racontait en pleurant que son mari, qu'elle adorait, avait une liaison avant son mariage, et qu'il ne l'avait pas rompue.
Épouse légitime, elle était entourée de soins et de respects; on lui faisait la charité des apparences, mais l'autre avait la réalité, l'amour.
Cette pauvre femme ajoutait encore que cette situation la rendait la plus misérable des créatures, qu'elle se taisait pourtant et dévorait ses larmes en secret, redoutant, au premier mot de reproche, de voir son mari l'abandonner ou cesser de se contraindre...