En moins de quarante-huit heures, les démarches officielles furent faites; on rédigea un projet de contrat, les paroles furent échangées et on décida que le mariage serait célébré au printemps.
C'est à Sairmeuse qu'eut lieu le dîner des fiançailles, dîner d'autant plus gai qu'où y célébrait deux petites victoires.
Le duc de Sairmeuse venait de recevoir, avec son brevet de lieutenant-général, une commission qui lui attribuait un commandement militaire à Montaignac.
Le marquis de Courtomieu, qui avait à faire oublier les adulations prodiguées à l'empereur, venait d'obtenir la présidence de la Cour prévôtale, instituée à Montaignac, pour y servir les haines et les terreurs de la Restauration...
Mlle Blanche triomphait. Après cette fête, déclaration publique, Martial se trouvait lié.
En effet, pendant une quinzaine, il ne la quitta pour ainsi dire pas. Elle le pénétrait d'un charme dont la douceur infinie lui faisait presque oublier la violence de ses sensations près de Marie-Anne.
Malheureusement, l'orgueilleuse héritière ne sut pas résister au plaisir de risquer une allusion assez obscure, du reste, à ce qu'elle appelait la «bassesse des anciennes inclinations du marquis.» Elle trouva l'occasion de dire qu'elle faisait travailler Marie-Anne pour l'aider à vivre.
Martial se contraignit à sourire, mais l'indignité du procédé le forçait de plaindre Marie-Anne...
Et le lendemain même, il courait chez M. Lacheneur.
À la chaleur de l'accueil qui lui fut fait, toutes ses rancunes se fondirent, tous ses soupçons s'évaporèrent... La joie de le revoir éclatait même dans les yeux de Marie-Anne; il le remarqua bien...