Il eût accepté bien d'autres choses!... N'avait-il pas offert à Lacheneur de l'aider à mettre ses comptes au net?...

Et une fois, c'était vers le milieu de février, comme il voyait Chanlouineau très-embarrassé pour composer une lettre, il voulut absolument lui servir de secrétaire.

—C'est que ce n'est pas pour moi, cette damnée lettre, disait Chanlouineau, c'est pour un oncle à moi qui marie sa fille...

Bref, Martial se mit à table, et, sous la dictée de Chanlouineau, non sans mainte rature, il écrivit:

«Mon cher ami... Nous sommes enfin d'accord, et le mariage est décidé. Nous ne nous occupons plus que de la noce qui est fixée à... Nous vous invitons à nous faire le plaisir d'y venir. Nous comptons sur vous et vous devez être persuadé que plus vous amènerez de vos amis, plus nous serons contents.

«Comme la fête est sans façons et que nous serons très-nombreux, vous nous rendrez service en apportant quelques provisions.»

Si Martial eût pu voir quel sourire avait Chanlouineau en le priant de laisser en blanc la date de «la noce,» il eût, à coup sûr, reconnu qu'il venait de tomber dans un piège grossièrement tendu... Mais il était fasciné.

—Ah ça! marquis, lui disait son père, Chupin prétend que vous ne sortez plus de chez Lacheneur... Quand donc en aurez-vous fini avec cette petite?

Martial ne répondit pas. Il se sentait à la discrétion de cette «petite.» Près d'elle, il perdait son libre arbitre, et chacun de ses regards le remuait comme une commotion électrique. Elle lui eût demandé de la prendre pour femme, qu'il n'eût pas dit: non...

Mais Marie-Anne n'avait pas cette ambition... Toutes ses pensées, tous ses vœux étaient pour le succès de son père...