—Et je renoncerais à tout cela!... s'écria-t-il enfin. Ce mot expliquait tout.
—Non, jamais!... reprit-il avec un emportement effrayant, jamais! jamais!... Je ne saurais m'y résoudre... je ne peux pas... je ne veux pas!
Marie-Anne comprenait maintenant. Mais que se passait-il dans l'esprit de son père? Elle voulut savoir, et, quittant la dormeuse où elle était assise, elle alla se placer debout devant lui.
—Tu souffres, père? interrogea-t-elle, de sa belle voix harmonieuse, qu'y a-t-il, que crains-tu?... Pourquoi ne pas se confier à moi? Ne suis-je pas ta fille, ne m'aimes-tu donc plus?...
À cette voix si chère, M. Lacheneur tressaillit comme un dormeur arraché aux épouvantements du cauchemar, et il arrêta sur sa fille un regard indéfinissable.
—N'as-tu donc pas entendu, répondit-il lentement, ce que m'a dit Chupin? Le duc de Sairmeuse est à Montaignac, il va arriver... et nous habitons le château de ses pères, et son domaine est devenu le nôtre!...
Cette question brûlante des biens nationaux, qui, durant trente années, agita la France, Marie-Anne la connaissait pour l'avoir entendu mille fois débattre.
—Eh! cher père, dit-elle, qu'importe le duc!... Si nous avons ses terres, tu les a payées, n'est-ce pas?... elles sont donc bien et légitimement à nous.
M. Lacheneur hésita un moment avant de répondre...
Mais son secret l'étouffait; mais il était dans une de ces crises où l'homme, si énergique qu'il soit, chancèle et cherche un appui, si fragile qu'il puisse être.