—Tu aurais raison, ma fille, murmura-t-il, en baissant la tête, si l'or que j'ai donné en échange de Sairmeuse m'eût appartenu.

À cet étrange aveu, la jeune fille recula en pâlissant.

—Quoi!... balbutia-t-elle, cet or n'était pas à toi, mon père?... À qui donc était-il, d'où venait-il?...

Le malheureux s'était trop avancé pour ne pas aller jusqu'au bout.

—Je vais tout te dire, ma fille, répondit-il, tout, et tu me jugeras, tu décideras... Quand les Sairmeuse ont émigré, je n'avais que mes bras pour vivre, et l'ouvrage manquant, je me demandais si le pain ne manquerait pas bientôt...

Voilà où j'en étais, quand on vint me chercher, un soir, en me disant que Mlle Armande de Sairmeuse, ma marraine, se mourait et voulait me parler. J'accourus.

On avait dit vrai, Mlle Armande était à l'agonie; je le compris bien en la voyant dans son lit, plus blanche que la cire...

Ah! je vivrais cent ans que jamais je n'oublierais son visage à ce moment. On eût dit qu'à force de volonté et d'énergie, elle retenait pour quelque grande tâche son dernier soupir près de s'envoler.

Quand j'entrai dans sa chambre, ses traits se détendirent.

—Comme tu as tardé!... murmura-t-elle d'une voix faible.