Cet incident venait de prendre dix minutes encore, dix siècles, et pour comble les dernières apparences d'ordre avaient disparu.

M. Lacheneur pleurait de rage; mais il comprit la nécessité d'un parti suprême; tout retard désormais devenait mortel.

Il appela Maurice et Chanlouineau.

—Je vous remets le commandement, leur dit-il, faites tout au monde pour hâter la marche de ces insensés... Moi, je cours à la Croix-d'Arcy... il y va de notre vie à tous.

Il partit, en effet, mais arrivé à moins de cinq cents mètres en avant de sa troupe, il distingua au loin, sur la route blanche, deux points noirs qui s'avançaient et grossissaient rapidement...

C'étaient deux hommes qui, les coudes au corps, le buste en avant, ménageant leur haleine, couraient...

L'un était vêtu comme les bourgeois aisés, l'autre portait un vieil uniforme de capitaine des guides de l'empereur.

Un nuage passa devant les yeux de Lacheneur, quand il reconnut deux de ces officiers à demi-solde qui devaient lui ouvrir une des portes de Montaignac, complices dévoués qui haïssaient la Restauration autant que lui-même, dont la voix devait troubler les soldats du duc de Sairmeuse, et qui avaient assez de courage pour en donner à tous les poltrons qu'on pourrait leur amener.

—Qu'arrive-t-il? leur cria-t-il d'une voix affreusement altérée.

—Tout est découvert!...