Le prêtre lui faisait signe de se taire, il ne le vit pas et poursuivit:
—Mon père ignorait jusqu'à l'existence de cette conspiration, dont M. Lacheneur était l'âme, mais je la connaissais, moi!... Je voulais qu'elle réussît, parce que de son succès dépendait le bonheur de ma vie... Et alors, misérable que je suis, quand il s'agissait d'attirer dans nos rangs quelque complice timide et indécis, j'invoquais ce nom respecté et aimé d'Escorval... Ah! j'étais fou!... j'étais fou!...
Il eut un geste désespéré, et, avec une expression déchirante, il ajouta:
—Et en ce moment encore, je n'ai pas le courage de maudire ma folie!... Oh! ma mère, ma mère; si tu savais!...
Les sanglots lui coupèrent la parole, et alors on put entendre comme un faible gémissement...
Marie-Anne revenait à elle. Déjà elle s'était à demi redressée sur le canapé, et elle considérait cette scène navrante d'un air de profonde stupeur, comme si elle n'y eût rien compris.
D'un geste doux et lent, elle écartait ses cheveux de son front, et elle clignait des yeux, éblouie par l'éclat des bougies...
Elle voulait parler, interroger, elle s'efforçait de rassembler ses idées, elle cherchait des mots pour les traduire... L'abbé Midon lui commanda le silence.
Seul, au milieu de tous ces malheureux affolés, le prêtre conservait son sang-froid et la lucidité de son intelligence.
Éclairé par le témoignage de Mme d'Escorval et les aveux de Maurice, il comprenait tout et discernait nettement l'effroyable danger dont étaient menacés le baron et son fils.