Comment conjurer ce danger?... Qu'imaginer, que faire?...

Il n'y avait ni à s'expliquer ni à réfléchir; avec chaque minute s'envolait une chance de salut... Il s'agissait de prendre un parti sur-le-champ et d'agir.

L'abbé Midon eut ce courage. Il courut à la porte du salon et appela les gens groupés dans l'escalier.

Quand ils furent tous réunis autour de lui:

—Écoutez-moi bien, leur dit-il de cette voix impérieuse et brève que donne la certitude du péril prochain, et souvenez-vous que de votre discrétion dépend peut-être la vie de vos maîtres. On peut compter sur vous, n'est-ce pas?

Toutes les mains se levèrent comme pour prêter serment.

—Avant une heure, continua le prêtre, les soldats lancés sur les traces des fuyards seront ici. Pas un mot de ce qui s'est passé ce soir ne doit être prononcé. Pour tout le monde, je dois être parti avec M. le baron et revenu seul. Nul de vous ne doit avoir vu Mlle Lacheneur... Nous allons lui chercher une cachette... Rappelez-vous, mes amis, que le seul soupçon de sa présence ici perdrait tout... Si les soldats vous interrogent, efforcez-vous de leur persuader que M. Maurice n'est pas sorti ce soir...

Il s'arrêta, chercha s'il n'oubliait rien de ce que pouvait suggérer la prudence humaine, et ajouta:

—Un mot encore: Nous voir tous debout à l'heure qu'il est, paraîtra suspect... C'est ce que je souhaite... Nous alléguerons, pour nous justifier, l'inquiétude où nous mettent l'absence de M. le baron et aussi une indisposition très-grave de Mme la baronne... car Mme la baronne va se coucher; elle évitera ainsi un interrogatoire possible... Et vous, Maurice, courez changer de vêtements... et surtout, lavez-vous bien les mains, et répandez ensuite quelque parfum dessus...

Chacun sentait si bien l'imminence d'une catastrophe, qu'en moins de rien tout fut disposé comme l'avait ordonné l'abbé Midon.