—Ah!... c'est toi qui es sans pitié!... Je ne le vois que trop, tu me maudis, tu maudis le jour où nos regards se sont rencontrés pour la première fois!... Avoue-le... dis-le...
Marie-Anne se redressa.
—Je mentirais, répondit-elle, si je disais cela... Mon lâche cœur n'a pas ce courage. Je souffre, je suis humiliée et brisée, mais je ne regrette rien, puisque...
Elle n'acheva pas; il l'attira à lui, leurs visages se rapprochèrent, et leurs lèvres et leurs larmes se confondirent en un baiser...
—Tu m'aimes, s'écria Maurice, tu m'aimes!... Nous triompherons, je saurai sauver mon père et le tien, je sauverai ton frère!
Dans la cour, les chevaux piaffaient. L'abbé Midon criait: «Eh bien! partons-nous?» Mme d'Escorval reparut avec une lettre, qu'elle remit à Maurice.
Longtemps elle tint embrassé dans une étreinte convulsive ce fils qu'elle tremblait de ne plus revoir, puis rassemblant toute son énergie, elle le repoussa en prononçant ce seul mot:
—Va!...
Il sortit... et lorsque s'éteignit, sur la route, le roulement de la voiture qui l'emportait, Mme d'Escorval et Marie-Anne se laissèrent tomber à genoux, implorant la miséricorde du Dieu des causes justes.
Elles ne pouvaient que prier. Le curé de Sairmeuse agissait, ou plutôt il poursuivait l'exécution du plan de salut qu'il avait conçu.