Ce plan, d'une simplicité terrible, comme la situation, il l'expliquait à Maurice pendant que galopaient les chevaux rudement menés.

—Si en vous livrant vous deviez sauver votre père, disait-il, je vous crierais: Livrez-vous, et confessez la vérité, c'est votre devoir strict... Mais ce sacrifice serait plus qu'inutile, il serait dangereux. Jamais l'accusation ne consentirait à vous séparer de votre père. On vous garderait, mais on ne le lâcherait pas, et vous seriez indubitablement condamnés tous les deux... Laissons donc—je ne dirai pas la justice, ce serait un blasphème—mais les hommes de sang qui s'intitulent juges, s'égarer sur son compte et lui attribuer tout ce que vous avez fait... Au moment du procès, nous arriverons avec les plus éclatants témoignages d'innocence, avec des alibi tellement indiscutables que force sera de l'acquitter... Et je connais assez les gens de notre pays pour être sûr que pas un des accusés ne révélera notre manœuvre...

—Et si nous ne réussissons pas! dit Maurice d'un air sombre, que me restera-t-il à faire?

C'était une question si terrible que le prêtre n'osa répondre. Tout le reste du chemin, Maurice et lui gardèrent le silence.

Ils arrivaient cependant, et Maurice reconnut combien avait été sage l'abbé Midon en l'empêchant de recourir à un déguisement.

Armés des pouvoirs les plus étendus, le duc de Sairmeuse et le marquis de Courtomieu avaient fait fermer toutes les portes de Montaignac, hormis une seule.

Par cette porte devaient passer ceux qui voulaient entrer ou sortir, et il s'y trouvait deux officiers qui examinaient les allants et venants, qui les interrogeaient, et qui, même, prenaient par écrit les noms et les signalements.

Au nom d'Escorval, ces deux officiers eurent un tressaillement trop visible pour échapper à Maurice.

—Ah!... vous savez ce qu'est devenu mon père!... s'écria-t-il.

—Le baron d'Escorval est prisonnier, monsieur, répondit un des officiers.