Condamner de pauvres paysans dont nul ne prendrait souci... la belle affaire!... Mais frapper un homme illustre, qui avait été le conseiller et l'ami fidèle de l'Empereur... Quelle gloire et quel espoir pour des ambitions ardentes, altérées de récompenses.

L'instinct de l'auditoire avait raison. S'ils jugeaient sans enquête préalable des conjurés obscurs, les commissaires avaient poursuivi contre M. d'Escorval une information relativement complète.

Grâce à l'activité du marquis de Courtomieu, on avait réuni sept chefs d'accusation, dont le moins grave entraînait la peine de mort.

—Lequel de vous, demanda M. de Sairmeuse aux avocats, consentira à détendre ce grand coupable?...

—Moi!... répondirent ensemble ces trois hommes.

—Prenez garde, fit le duc avec un mauvais sourire, la tâche est... lourde.

Lourde!... Il eût mieux fait de dire dangereuse. Il eût pu dire que le défenseur risquait sa carrière, à coup sûr... le repos de sa vie et sa liberté, vraisemblablement... sa tête, peut-être...

Mais il le donnait à entendre, et tout le monde le savait.

—Notre profession a ses exigences, dit noblement le plus âgé des avocats.

Et tous trois, courageusement, ils allèrent prendre place près du baron d'Escorval, vengeant ainsi l'honneur de leur robe, qui venait d'être misérablement compromis dans une ville de cent mille âmes, où deux pures et innocentes victimes de réactions furieuses, n'avaient pu, ô honte! trouver un défenseur.