Marie-Anne ne savait rien des espérances de Chanlouineau, et son esprit en détresse n'avait pas sa lucidité accoutumée; elle ne comprit pas tout d'abord.

—Ceci, s'écria-t-elle, la vie d'un homme!...

—Plus bas!... interrompit Chanlouineau, parlez plus bas!... Oui, une de ces lettres peut être le salut d'un condamné...

—Malheureux!... Qu'attendez-vous alors pour l'utiliser!...

Le robuste gars secoua tristement la tête.

—Est-il possible que vous m'aimiez jamais? fit-il simplement. Non, n'est-ce pas?... Je ne souhaite donc point vivre. Le repos, dans la terre, est plus enviable que mes angoisses. D'ailleurs j'ai été condamné justement. Je savais ce que je faisais quand j'ai quitté la Rèche, un fusil double sur l'épaule, un sabre passé dans ma ceinture. Je n'ai pas le droit de me plaindre. Mais les juges ineptes ou iniques ont frappé un innocent...

—Le baron d'Escorval.

—Oui, le père de... Maurice...

Sa voix s'altéra en prononçant le nom de cet autre, dont il eût payé le bonheur du prix de dix existences, s'il les eût eues.

—Je veux le sauver, ajouta-t-il, je le puis.