—Ah! je n'osais vous le demander, s'écria-t-il.
Et pour la première fois il serra Marie-Anne entre ses bras, et de ses lèvres effleura ses joues pâlies...
—Allons, adieu, dit-il encore... ne perdez plus une minute. Adieu!...
XXIX
La perspective de s'emparer de Lacheneur, le chef du mouvement, émoustillait si fort M. le marquis de Courtomieu, qu'il n'avait pas quitté la citadelle, encore que l'heure de son dîner eût sonné.
Posté à l'entrée de l'obscur corridor qui conduisait au cachot de Chanlouineau, il guettait la sortie de Marie-Anne. En la voyant passer aux dernières clartés du jour, rapide et toute vibrante d'énergie, il douta de la sincérité du soi-disant révélateur.
—Ce misérable paysan se serait-il joué de moi!... pensa-t-il.
Si aigu fut le soupçon, qu'il s'élança sur les traces de la jeune fille, résolu à l'interroger, à lui arracher la vérité, à la faire arrêter au besoin.
Mais il n'avait plus son agilité de vingt ans. Quand il arriva au poste de la citadelle, le factionnaire lui répondit que Mlle Lacheneur venait de passer le pont-levis. Il le franchit lui-même, regarda de tous côtés, n'aperçut personne et rentra furieux.
—Allons toujours visiter Chanlouineau, se dit-il; demain, il fera jour pour mander cette péronnelle et la questionner.