Marie-Anne maintenant comprenait:

—Donnez-moi la lettre, dit-elle à Chanlouineau... J'irai trouver le duc de Sairmeuse, j'arriverai à tout prix jusqu'à lui, et Dieu m'inspirera...

L'héroïque paysan tendit à la jeune fille cette fragile feuille de papier qui eût pu être son salut à lui.

—Et surtout, prononça-t-il, ne laissez pas soupçonner au duc que vous avez apporté avec vous la preuve dont vous le menacez... Qui sait ce dont il serait capable... Il vous répondra d'abord qu'il ne peut rien, qu'il ne voit nul moyen de sauver le baron d'Escorval... Vous lui répondrez que c'est cependant à lui de trouver un moyen, s'il ne veut pas que la lettre soit envoyée à Paris, à un de ses ennemis...

Il s'arrêta, les verroux grinçaient... Le caporal Bavois reparut.

—La demi-heure est passée depuis dix minutes, fit-il tristement... j'ai ma consigne.

—Allons!... murmura Chanlouineau, tout est fini!...

Et remettant à Marie-Anne la seconde lettre:

—Celle-ci est pour vous... ajouta-t-il. Vous la lirez quand je ne serai plus... De grâce... ne pleurez pas ainsi!... Il faut du courage!... Vous serez bientôt la femme de Maurice... Et quand vous serez heureuse, pensez quelquefois à ce pauvre paysan qui vous a tant aimée!...

Quand il se fût agi de sa vie et de celle de tous les siens, Marie-Anne n'eût pu prononcer une parole... Mais elle avança son visage vers celui de Chanlouineau...