Mais Martial devait se méprendre à la signification du geste de cette infortunée.
—Oh! je comprends votre indignation, reprit-il, avec une exaltation croissante. Mais si je vous ai dit l'injure, c'est que je veux vous offrir la réparation... J'ai été un fou, un misérable vaniteux, car je vous aime, je n'aime et je ne puis aimer que vous. Je suis marquis de Sairmeuse, j'ai des millions. Marie-Anne, voulez-vous être ma femme?...
Marie-Anne écoutait, éperdue de stupeur...
Le vertige, à la fin, s'emparait d'elle, et il lui semblait que sa raison vacillait au souffle furieux de toutes ces passions.
Tout à l'heure, c'était Chanlouineau qui, du fond de son cachot, lui criait qu'il mourait pour elle... C'était Martial, maintenant, qui prétendait lui sacrifier ses ambitions et son avenir.
Et le pauvre paysan condamné à mort et le fils du tout-puissant duc de Sairmeuse, enflammés d'un délire semblable, arrivaient pour le traduire, à des expressions pareilles.
Martial, cependant, s'était arrêté. Tout enfiévré d'espérances, il attendait une réponse, un mot, un signe... Mais Marie-Anne demeurait muette, immobile et glacée...
—Vous vous taisez! reprit-il avec une véhémence nouvelle. Douteriez-vous de ma sincérité? Non, c'est impossible! Pourquoi donc ce silence?... Auriez-vous peur de l'opposition de mon père?... Je saurai lui arracher son consentement. Que nous importe d'ailleurs sa volonté! Ai-je besoin de lui?... Ne suis-je pas mon maître? ne suis-je pas riche, immensément riche!... Je ne serais qu'un misérable sot, si j'hésitais entre des préjugés stupides et le bonheur de ma vie...
Il s'efforçait, évidemment, de prévoir toutes les objections, afin de les combattre et de les détruire...
—Est-ce votre famille, qui vous inquiète? continuait-il. Votre père et votre frère sont poursuivis et la France leur est fermée... Eh bien! nous quitterons la France et ils viendront vivre près de nous. Jean ne m'en voudra plus, quand vous serez ma femme... Nous nous fixerons en Angleterre ou en Italie... Maintenant, oui, je bénis ma fortune, qui me permettra de vous créer une existence enchantée. Je vous aime... je saurai bien, à force de tendresses, vous faire oublier toutes les amertumes du passé!...