—Eh bien!... répondit Martial, reprenant son ton léger, le fait est qu'un brouillon de cette circulaire existe, écrit de ma plus belle écriture sur une grande feuille de mauvais papier... Je me rappelle que cherchant l'expression juste j'ai raturé et surchargé plusieurs mots... Ai-je daté ce brouillon? Je crois que oui, mais je n'en jurerais pas...

—Conciliez donc cela avec vos dénégations? s'écria M. de Sairmeuse.

—Parfaitement!... Ne viens-je pas de vous dire que Chanlouineau s'était moqué de moi!...

Le duc ne savait plus que croire. Mais ce qui l'exaspérait plus que tout, c'était l'imperturbable tranquillité de son fils.

—Avouez donc plutôt, dit-il en montrant le poing à Marie-Anne, que vous vous êtes laissé engluer par votre maîtresse...

Mais cette injure, Martial ne voulut pas la tolérer.

—Mlle Lacheneur n'est pas ma maîtresse, déclara-t-il d'un ton impérieux jusqu'à la menace. Il est vrai qu'il ne tient qu'à elle d'être demain la marquise de Sairmeuse!... Laissons les récriminations, elles n'avanceront en rien nos affaires.

Une lueur de raison qui éclairait encore le cerveau de M. de Sairmeuse arrêta sur ses lèvres la plus outrageante réplique.

Tout frémissant de rage contenue, il arpenta trois ou quatre fois le salon; puis revenant à Marie-Anne, qui restait à la même place, roide comme une statue:

—Voyons, la belle, commanda-t-il, donnez-moi ce brouillon.