Il savait quelles lois terribles régissent les tribunaux d'exception... Le lendemain, dans quelques heures, au point du jour, peut-être, on viendrait, on le tirerait de sa prison, on le conduirait devant un peloton de soldats, un officier lèverait son épée... et tout serait fini, il tomberait sous les balles...

Alors, que deviendraient sa femme et son fils?...

Ah! son cœur se brisait en songeant à ces êtres chers et adorés!... Il était seul, il pleura...

Mais, soudain, il se dressa, épouvanté de son attendrissement... Si son âme allait s'amollir à ces désolantes pensées!... s'il allait être trahi par son énergie!... Manquerait-il de courage, tout à coup!... Le verrait-on donc, lui, pâlir et défaillir devant le peloton d'exécution!...

Il voulut secouer cette torpeur douloureuse qui l'envahissait, et il se mit à marcher dans sa prison, s'efforçant d'occuper son esprit aux choses extérieures...

La chambre qu'on lui avait donnée était très-vaste, carrelée et extrêmement haute d'étage. Jadis elle communiquait avec la pièce voisine, mais la porte de communication avait été murée depuis longtemps, même le ciment qui reliait entre elles les pierres larges et peu épaisses était tombé, et il en résultait des jours par où on pouvait, avec un peu d'application, voir d'une pièce dans l'autre.

Machinalement, M. d'Escorval colla son œil à un de ces interstices... Peut-être avait-il pour voisin quelque condamné?... Il ne vit personne. Il appela, tout bas d'abord, puis plus haut... aucune voix ne répondit à la sienne.

—Si j'abattais cette mince cloison?... pensa-t-il.

Il tressaillit, puis haussa les épaules. Et après?... Cette cloison renversée, il se trouverait dans une chambre pareille à la sienne, ouvrant comme la sienne sur un corridor plein de factionnaires dont il entendait le pas monotone.

Cependant, c'était une pensée d'évasion qui lui était venue. Quelle folie!... Il devait bien savoir que toutes les précautions étaient prises.