Mais bien lui en prit d'avoir déjà confié à son courageux défenseur l'expression de ses volontés dernières... Les soldats chargés de reconduire les condamnés à leur prison envahirent la salle.

La sortie devait prendre du temps... Tous ces pauvres paysans qui venaient d'être frappés en étaient encore à comprendre les événements dont la vertigineuse rapidité les conduisait à l'échafaud.

Et stupides d'étonnement plus que d'effroi, ils se pressaient à la porte trop étroite de la chapelle, comme des bœufs ahuris qui se serrent les uns contre les autres à la porte de l'abattoir.

Si grande fut la confusion, que M. d'Escorval se trouva refoulé près de Chanlouineau, qui commença la comédie de sa défaillance.

—Du courage donc!... lui dit-il, indigné de cet accès de lâcheté.

—Ah!... c'est facile à dire!... geignit le robuste gars.

Et personne ne l'observant, il se pencha vers le baron, et tout bas, d'une voix brève:

—C'est pour vous que je travaille, fit-il, rassemblez vos forces pour cette nuit.

Le regard flamboyant de Chanlouineau surprit M. d'Escorval, mais il attribua ses paroles au délire de la peur.

Ramené à sa chambre, il se jeta sur sa maigre couchette, et il eut cette vision terrible et sublime de la dernière heure qui est l'espérance ou le désespoir de qui va mourir...