La jolie paysanne sauta au cou de son mari, et avec l'accent de la passion la plus vive:
—Ah! tu es un brave homme, Antoine! s'écria-t-elle.
Il sourit, embrassa tendrement sa femme, puis lui montrant la porte restée ouverte:
—Veille, dit-il.
M. Lacheneur put croire que la destinée enfin se lassait.
—Je dois vous avouer, monsieur, reprit l'honnête montagnard, que vous sauver ne sera pas facile... Les promesses d'argent ont mis en mouvement tous les mauvais gueux du pays... On vous sait aux environs... Un gredin d'aubergiste a passé la frontière tout exprès pour vous dénoncer aux gendarmes français...
—Balstain.
—Oui, Balstain, et il vous cherche... Ce n'est pas tout. Comme je traversais Saint-Pavin, remontant ici, j'ai vu arriver huit soldats à cheval, guidés par un paysan à cheval comme eux... Ils ont déclaré qu'ils vous savaient caché dans le village et ils se sont mis à visiter toutes les maisons...
Ces soldats n'étaient autres que les chasseurs de Montaignac confiés à Chupin par le duc de Sairmeuse.
Et, en effet, ils faisaient bien ce que disait Antoine.