Ils attendirent que la nuit fût venue, avant de se présenter à une auberge isolée qu'ils avaient aperçue, et où ils espéraient trouver un guide pour franchir les défilés des montagnes.
Une affreuse nouvelle les y avait devancés.
L'aubergiste qui leur ouvrit leur apprit les sanglantes représailles de Montaignac.
De grosses larmes coulaient de ses yeux, pendant qu'il racontait les détails de l'exécution, qu'il tenait d'un paysan qui y avait assisté.
Heureusement ou malheureusement, cet aubergiste ignorait l'évasion de M. d'Escorval et l'arrestation de M. Lacheneur...
Mais il avait connu particulièrement Chanlouineau, et il était consterné de la mort de ce «beau gars, le plus solide du pays.»
Les officiers qui avaient laissé le brancard dehors, jugèrent alors que cet homme était bien celui qu'ils souhaitaient, et qu'ils pouvaient lui confier une partie de leur secret.
—Nous portons, lui dirent-ils, un de nos amis blessé... Pouvez-vous nous faire franchir la frontière cette nuit même?...
L'aubergiste répondit qu'il le ferait volontiers, qu'il se chargeait même d'éviter tous les postes; mais qu'il ne fallait pas songer à s'engager dans la montagne avant le lever de la lune.
À minuit les fugitifs se mirent en route: au jour ils foulaient le territoire du Piémont.