Depuis assez longtemps déjà ils avaient congédié leur guide. Ils brisèrent le brancard, et poignée par poignée ils jetèrent au vent la laine du matelas.

—Notre tâche est remplie, monsieur, dirent alors les officiers à Maurice... Nous allons rentrer en France... Dieu nous protège!... Adieu!...

C'est les yeux pleins de larmes que Maurice regarda s'éloigner ces braves gens qui, sans doute, venaient de sauver la vie à son père. Maintenant il était le seul protecteur de Marie-Anne, qui, pâle, anéantie, brisée de fatigue et d'émotion, tremblait à son bras...

Non, cependant... Près de lui se tenait encore le caporal Bavois.

—Et vous, mon ami, lui demanda-t-il d'un ton triste, qu'allez-vous faire?...

—Vous suivre, donc!... répondit le vieux soldat. J'ai droit au feu et à la chandelle chez vous, c'est convenu avec votre père!... Ainsi, pas accéléré, la jeune demoiselle n'a pas l'air bien du tout, et je vois là-bas le clocher de l'étape.

XXXVI

Femme par la grâce et par la beauté, femme par le dévouement et la tendresse, Marie-Anne savait trouver en elle-même une vaillance virile. Son énergie et son sang-froid, en ces jours désolés, furent l'admiration et l'étonnement de tous ceux qui l'approchèrent.

Mais les forces humaines sont bornées... Toujours, après des efforts exorbitants, un moment arrive où la chair défaillante trahit la plus ferme volonté.

Quand Marie-Anne voulut se remettre en route, elle sentit qu'elle était à bout: ses pieds gonflés ne la soutenaient plus, ses jambes se dérobaient sous elle, la tête lui tournait, des nausées soulevaient son estomac, et un froid glacial, intense, lui montait jusqu'au cœur.