Il se leva, et avançant deux chaises:

—Asseyez-vous donc, mon cher monsieur Lacheneur, dit-il avec une politesse qui voulait être une leçon, et vous aussi, mademoiselle, faites-moi cet honneur...

Mais le père et la fille refusèrent d'un signe de tête pareil.

—Monsieur le duc, continua Lacheneur, je suis un ancien serviteur de votre maison....

—Ah! Ah!...

—Mademoiselle Armande, votre tante, avait accordé à ma pauvre mère la faveur d'être ma marraine....

—Parbleu!... mon garçon, interrompit le duc, je me souviens de toi maintenant. En effet, notre famille a eu de grandes bontés pour les tiens. Et c'est pour nous prouver ta reconnaissance que tu t'es empressé d'acheter nos biens!...

L'ancien valet de charrue était parti de bien bas, mais son cœur et son caractère se haussant avec sa fortune, il avait l'exacte notion de sa dignité et de sa valeur.

Beaucoup le jalousaient dans le pays, quelques-uns le détestaient, mais tout le monde le respectait.

Et voici que cet homme le traitait avec le plus écrasant mépris et se permettait de le tutoyer... Pourquoi? De quel droit!...