—Je me suis esquivé, dit-il en s'adressant plutôt à Marie-Anne qu'à M. Lacheneur, pour vous rassurer... Tout s'arrangera, mademoiselle, des yeux si beaux ne doivent pas verser de larmes... Je serai votre avocat près de mon père...
—Mlle Lacheneur n'a pas besoin d'avocat, interrompit une voix rude.
Martial se retourna et se trouva en présence de ce jeune homme qui, le matin, était allé prévenir M. Lacheneur.
—Je suis le marquis de Sairmeuse, lui dit-il, du ton le plus impertinent.
—Moi, fit simplement l'autre, je suis Maurice d'Escorval.
Ils se toisèrent un moment en silence, chacun attendant peut-être une insulte de l'autre. Instinctivement ils se devinaient ennemis, et leurs regards étaient chargés d'une haine atroce. Peut-être eurent-ils ce pressentiment qu'ils n'étaient pas deux rivaux, mais deux principes, en présence.
Martial, préoccupé de son père, céda.
—Nous nous retrouverons, monsieur d'Escorval! prononça-t-il en se retirant.
Maurice, à cette menace, haussa les épaules, et dit:
—Ne le souhaitez pas.