V

L'habitation du baron d'Escorval, cette construction de briques à saillies de pierres blanches, qu'on apercevait de l'avenue superbe de Sairmeuse, était petite et modeste.

Son seul luxe était un joli parterre dont les gazons se déroulaient jusqu'à l'Oiselle, et un parc assez vaste délicieusement ombragé.

Dans le pays on disait: «le château d'Escorval,» mais c'était pure flatterie. Le moindre manufacturier enrichi d'un coup de hausse eût voulu mieux, plus grand, plus beau, plus brillant et plus voyant surtout.

C'est que M. d'Escorval—et ce lui sera dans l'histoire un éternel honneur—n'était pas riche.

Après avoir été chargé de nombre de ces missions d'où généraux et administrateurs revenaient lourds de millions à crever les chevaux de poste le long de la route, M. d'Escorval restait avec le seul patrimoine que lui avait légué son père: vingt à vingt-cinq mille livres de rentes au plus.

Cette simple maison, à trois quarts de lieues de Sairmeuse, représentait ses économies de dix années.

Lui-même l'avait fait bâtir vers 1806, sur un plan tracé de sa main, et elle était devenue son séjour de prédilection.

Il se hâtait d'y accourir dès que ses travaux lui laissaient quelques journées, heureux de la solitude et des ombrages de son parc.

Mais cette fois il n'était pas venu à Escorval de son plein gré.